Îles au trésor : résumé du livre de Nicholas Shaxson
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Comment être « nulle part » pour ne pas payer d’impôts?
Quelle est l’origine des paradis fiscaux?
Comment fonctionnent les systèmes offshore?
[Note: Pour information, j’ai lu la version originale en anglais et à ma connaissance il n’y a pas de traduction en français à ce jour]
Avertissement aux âmes sensibles: les propos qu’on va voir dans cette série en 3 parties avec le livre de Nicholas Shaxson décape! Il n’a pas sa langue dans sa poche et s’est fait beaucoup d’ennemis puissants. Il décrit un monde sans pitié, à la limite du crédible… et pourtant, c’est bien souvent la réalité.
Attachez vos ceintures ou restez sur le bas-côté car ça va être violent!
On voit tout ça dans cette première partie du résumé du livre “Îles au trésor: Les paradis fiscaux et les hommes qui ont volé le monde”…
Présentation du livre
Le milliardaire Warren Buffett, actuellement le troisième homme le plus riche du monde, a payé le taux d’impôts le plus bas de tout son personnel, y compris sa réceptionniste.
En 2006, trois des plus grosses entreprises au monde ont fait dans les £400 millions de business en Grande-Bretagne mais ont payé seulement £128 000 d’impôts entre elles.
En janvier 2009, les autorités américaines ont sanctionné Lloyds TSB de $350 millions d’amende après que la banque ait admis faire transiter secrètement de l’argent iranien et soudanais dans le système bancaire américain.
Les paradis fiscaux sont la principale raison pour laquelle les gens pauvres et les pays pauvres restent pauvres. Ils se trouvent au coeur de l’économie mondiale, avec plus de la moitié des échanges qui passent au travers eux. Ils ont joué un rôle dans presque chaque événement économique majeur, dans chaque gros scandal financier, et dans chaque crise financière depuis les années 1970s, en incluant la dernière crise économique mondiale.
Dans ce livre, Nicholas Shaxson montre comment tout s’est produit et ce que cela signifie pour vous.
Résumé du livre
Chapitre 1 – Bienvenue à « Nulle Part »
Voici une définition générale d’un paradis fiscal: un endroit qui cherche à attirer du business en offrant des solutions à des gens ou des entités pour contourner les règles, les lois et les réglementations des jurisdictions ailleurs.
Différentes caractéristiques permettent de reconnaitre ces paradis fiscaux:
- Ils offrent une certaine confidentialité, en refusant généralement de coopérer avec les autres jurisdictions pour échanger des informations.
- Ils proposent des impôts très bas voire inexistants.
- Ils sécurisent leurs propres économies des solutions qu’ils proposent pour se protéger de leurs propres techniques offshore. Ils le font en offrant par exemple aucune imposition aux non-résidents qui apportent leur argent, tout en taxant les résidents totalement.
- Leur industrie financière est fréquemment beaucoup plus importante que leur économie locale.
- Leurs porte-paroles clament régulièrement qu’ils ne sont pas des paradis fiscaux et dépensent beaucoup d’énergie à discréditer les critiques.
- Les politiques locaux sont impliqués dans les intérêts des services financiers (et parfois criminels) et l’opposition au modèle économique offshore est éliminée.
Le système offshore est un projet crée par l’élite riche et puissante pour les aider à prendre les avantages de la société sans payer en contrepartie, tout en manipulant artificiellement les traces de l’argent aux frontières.
Les multinationales ajustent artificiellement les prix de transfers internes et déplacent ainsi les bénéfices vers un paradis fiscal et les coûts vers un pays à l’imposition élevée. Environ 2/3 des échanges internationaux se produisent au sein même des multinationales. Chaque année, $160 milliards d’impôts sont estimés être perdus avec ces techniques. Mais ces entreprises sont justement des multinationales car elles ont su grossir plus vite que leurs concurrents en profitant de ces mécanismes.
Toute cette énergie à contourner les systèmes fiscaux pourrait mieux dépenser à créer de la valeur avec de meilleurs produits ou services, ou moins chers. Ces entreprises et leurs capitaux ne se déplacent pas où ils seraient plus productifs, mais plutôt là où ils peuvent obtenir les meilleures réductions fiscales.
Le monde offshore n’est pas un ensemble d’états indépendants qui établissent leurs lois et leurs systèmes fiscaux, mais en fait un ensemble de réseaux d’influence contrôlés par les plus grandes puissances mondiales, dont le Royaume-Uni et les USA.
Plutôt que d’ouvrir des comptes bancaires avec leur nom, les fraudeurs et les blanchisseurs d’argent créent des entreprises anonymes avec lesquelles ils peuvent opérer tranquillement.
Afin d’éviter la double taxation entre deux pays, les paradis fiscaux ont en fait crée une double non-taxation. Une entreprise qui travaille avec un pays fortement taxé et un pays faiblement taxé, ne paie au final d’impôts dans aucun pour ne pas être ‘injustement » taxée deux fois.
À ce jeu, chaque pays essaie de tirer ses impôts vers le bas ou offrir encore plus de confidentialité pour être encore plus compétitif que son voisin. Et les financiers accentuent le phénomène en menaçant constamment les politiques de délocaliser dans un pays plus attractif.
Une des techniques les plus utilisées par les paradis fiscaux est le saucissonage. Elle consiste à couper quelque chose en petites tranches entre plusieurs jurisdictions pour masquer l’ensemble. Les autres techniques comprennent l’utilisation de banques ou d’entreprises fictives et de trusts.
Le système offshore n’a pas causé directement la crise financière, mais à crée l’environnement propice pour qu’elle se produise…
Chapitre 2 – Techniquement à l’étranger
Les frères Vestey (William et Edmund) ont été les pionniers des entreprises internationales en 1897 avec de l’import-export de viande. En utilisant leur force pour faire pression sur les producteurs et les consommateurs, ils ont aussi fait pression sur les autorités fiscales avec une armada d’avocats et de comptables. Ils bénéficiaient d’une double non-taxation et pouvaient réinvestir ces économies pour se développer plus vite que leurs concurrents.
Dans l’esprit de la plupart des gens, le meilleur moyen pour bénéficier de la confidentialité est de tout bouger en Suisse ou au Liechtenstein. Mais les trusts font aussi bien, sinon mieux maintenant car ils manipulent la propriété d’un actif en la masquant totalement. Cette confidentialité peut être accrue en imbriquant des trusts les uns avec les autres, au travers de différentes jurisdictions.
Les jurisdictions spécialisées dans la confidentialité modifient régulièrement et rapidement leurs lois pour toujours avoir une longueur d’avance par rapports aux autres qui cherchent à collecter des impôts. Certains avocats offshore passent leurs journées à inventer des nouveaux types de trusts pour perfectionner les manipulations des riches.
Chapitre 3 – Le bouclier rentable de la neutralité
La Suisse est la jurisdiction confidentielle la plus ancienne d’Europe. Pendant la Grande Dépression, les mouvements fermiers et travailleurs suisses ont commencé à réclamer plus de contrôle sur les banques à partir de 1931. Ces banques craignant la fuite de certains secrets ont fait énormément de pression pour qu’une loi soit passée et que la violation du secret bancaire suisse devienne un crime.
Mais en fait, le secret bancaire suisse existe depuis des siècles. Et c’est au 19ème siècles que l’élite suisse a commencé à rêver d’un empire que tout s’est accéléré. En étant neutre durant une guerre étrangère, il est possible de faire beaucoup d’argent avec tous les opposants. Pendant les deux guerres mondiales, les pays impliqués augmentaient leurs impôts pour financer les armées. La Suisse devenait aussi un pays attractif pour les citoyens riches de ces pays.
Après la deuxième guerre mondiale, de nombreuses preuves ont été trouvées démontrant l’implication de la Suisse dans le financement des opérations d’Adolf Hitler au travers de fausses factures, d’entreprises fictives, faux contrats, etc.
La Suisse reste un des plus grands coffres au monde pour l’argent sale. En 2009, 80% de l’argent étaient estimés ne pas avoir été déclarées aux autorités des propriétaires concernés, montant jusqu’à 99% pour l’Italie et la Grèce.
Mais à cause des fortes et vénérables racines du système offshore dans la société, la politique et l’histoire suisse, la pression interne de restreindre la confidentialité n’a jamais réussi…
Chapitre 4 – L’opposé d’offshore
Avec la deuxième guerre mondiale, Churchill s’est battu pour préserver la Grande-Bretagne et son empire contre l’Allemagne nazi. John Maynard Keynes s’est battu pour préserver la Grande-Bretagne en tant que grande puissance contre les USA. Même si la guerre a été gagnée contre l’Allemagne, la Grande-Bretagne avait dépensé tellement de ressources qu’elle était destinée à perdre son empire et son statut de grande puissance.
Keynes prônait une coopération rapprochée entre les nations et un contrôle étroit des flux de capitaux entre eux. C’était tout l’inverse du système laxiste actuel avec le système offshore.
Quand deux partis échangent des biens, les forces sont équilibrées. Mais en finance, Keynes avait compris que les relations étaient déséquilibrées au profit du prêteur par rapport à l’emprunteur.
À l’époque, il n’y avait pas encore de système offshore vraiment interconnecté. Il y avait seulement quelques états utilisés par certains riches pour cacher leur patrimoine des autorités fiscales. Les riches européens regardaient principalement vers la Suisse et les riches britanniques s’orientaient vers les Îles de la Manche et l’Île de Man.
L’offshore empêche un contrôle effectif des marchés financiers, facilitent les crises financières et permet aux riches de déplacer tous les risques et les coûts d’un sauvetage sur la majorité qui travaille plutôt que sur la minorité qui investit.
Keynes souhaitait un monde de libre échange, mais il croyait que c’était possible seulement si la finance restait étroitement régulée par les gouvernements. Le quart de siècle après 1949 qui a vastement implémenté les idées de Keynes est connu comme l’age d’or du capitalisme, une ère de prospérité croissante et générale relativement peu troublée.
Dans les années 80, les contrôles de capitaux ont progressivement étaient relâchés à travers le monde, les taux d’imposition ont baissé et les systèmes offshore ont commencé à proliférer et les taux de croissance ont chuté dramatiquement. En même temps, les inégalités explosaient dans plus en plus de pays.
La croissance des systèmes offshore n’est pas seulement un retour des mouvements libres de capitaux, mais surtout une libéralisation financière sur stéroïdes: les capitaux ne sont pas allés où ils étaient nécessairement plus productifs, mais où ils peuvent trouver la plus grande confidentialité, la réglementation fiscale plus laxiste et la plus grande liberté face aux règles des sociétés civilisées.
Chapitre 5 – Eurodollar: le plus gros Big Bang
Avec les accords de Bretton Woods, l’économie américaine s’est bien développée dans les années 50. Wall Street et les banquiers étaient contrôlés par des réglementations strictes depuis la Grande Dépression. C’était le moment pour eux de trouver des sorties de secours… situées à Londres.
En 1955, il devenait évident que l’empire britannique était en train de s’effriter. En 1965, l’empire ne régnait plus que sur 5 millions de personnes, contre 700 millions à la fin de la seconde guerre mondiale.
Londres a commencé sa croissance en tant que centre financier au moment du Big Bang en 1986 quand Margaret Thatcher a fortement déréglementé les marchés financiers. Pour beaucoup d’économistes, c’est le point de départ de la libéralisation de l’économie mondiale. La City de Londres perdait son emprise impériale mais se transformait en île offshore au service d’autres entreprises très dynamiques.
Pas tout l’empire a disparu et 14 petites îles états n’ont pas choisi l’indépendance et ont préféré former les Territoires Britanniques d’Outre-mer, sous le pouvoir de la reine. La moitié de ces îles (Anguilla, Bermudes, Îles Vierges Britanniques, Îles Cayman, Gibraltar, Montserrat et les Îles Turques et Caïques) sont des jurisdictions confidentielles, supportées et gérées activement par la Grande-Bretagne et très liées à la City de Londres.
Depuis, le marché offshore de Londres a explosé. Il a considérablement attiré les banquiers américains qui souhaitaient éviter la réglementation locale avec la célèbre loi Glass-Steagall de 1933 qui les empêchaient de détenir des produits trop risqués. Cette loi utile a fini par être abolie en 1999 par Clinton, elle était devenue obsolète puisque les banques l’évitaient grâce à Londres.
Régulièrement les gouvernements essaient de taxer ou de réguler ses marchés, mais échouent à chaque fois, comme avec l’Eurodollar ou le contrôle des liquidités et des réserves des banques. Malheureusement, comme le monde l’a découvert de nouveau en 2007, ce sont les contribuables ordinaires qui paient les pots cassés et pas les financiers qui font des paris fous!
Différentes techniques ont permis progressivement de détériorer la qualité des crédits sans que les régulateurs ne s’en aperçoivent. Et le pire ennemi de la régulation était la Banque d’Angleterre favorisant les systèmes bancaires parallèles constitués des produits les plus dangereux et explosifs.
Les eurodollars ont permis aux États-Unis de consolider leurs énormes avantages, de financer leur déficit, de se battre dans des guerres étrangères et d’exercer leur pouvoir un peu partout.
Chapitre 6 – La construction d’une toile d’araignée
La toile d’araignée de services financiers tissée depuis Londres dans les années 60 permettait d’offrir aux juridictions proches des solutions peu taxées, peu régulées et confidentielles. L’argent des criminels et des autres pouvait être géré depuis la City de Londres tout en étant suffisamment loin de Londres pour ne pas attirer les regards.
Les dépendances de la couronne britannique telles que Jersey, Guernsey et l’Île de Man constituaient le premier cercle de la toile d’araignée et se focalisait principalement sur l’Europe. Les territoires d’outre-mer dans les Caraïbes se focalisaient plutôt sur le continent américain. D’autres anomalies éparpillées dans le monde comme Hong Kong s’occupaient du reste.
La paradis fiscal des Îles Cayman a débuté en 1967 au travers de quelques changements de loi depuis le Royaume-Uni. Certaines erreurs ont été commises, très probablement de manière délibérée et ont permis d’établir une relation spéciale: le Royaume-Uni restait aux commandes, tout en prétendant qu’il ne l’était plus. L’argent affluait dans les Îles et surtout dans les caisses des dirigeants, alors tout le monde fermait les yeux sur ce qui se passait réellement. Le modèle s’est reproduit d’île en île…
Les voyages se démocratisant, de plus en plus de britanniques venaient ouvrir des comptes dans les îles avec la fiabilité et le confort britannique, mais où les intérêts n’étaient pas taxés et restaient secrets.
Jersey par exemple ne fait pas partie de l’Union Européenne, mais choisit les lois qui l’intéresse et rejette les autres. Hong Kong a ses propres lois avec une grande autonomie vis-à-vis de la Chine à part pour la défense et les relations étrangères. Singapour connait son succès grâce à son blanchiment d’argent des membres du gouvernement Indonésien et de ses hommes d’affaire corrompus, et grâce à ses casinos pour l’argent sale chinois.
Les banques utilisent des pratiques douteuses pour augmenter leurs réserves d’argent comme par exemple écrémer les comptes de personnes décédées, ou en offrant des taux d’intérêts plus bas que la normale mais en offrant la confidentialité.
Les paradis fiscaux continuent de faire ce qu’ils font de mieux: trouver de nouveaux moyens pour contourner et ignorer les lois et les règles des autres pays comme avec la création des trusts. Il est aussi la plupart du temps impossible de connaitre la moindre information d’une entreprise dans ces îles sans passer par une bataille de procès.
Chapitre 7 – La chute des USA
Cette période est marquée par le fait que les USA ont arrêté de s’inquiéter et ont commencé à adorer faire du business offshore. Jusqu’en 2005, les banques américaines étaient libres de recevoir les capitaux générés au travers de crimes commis à l’étranger comme la contrebande, le racket et l’esclavage. Profiter d’un crime était légal à condition que le crime avait eu lieu ailleurs. La plupart des ces failles sont maintenant fermées… mais pas toutes! Les USA restent une terre d’accueil pour l’argent sale et l’évasion fiscale.
La moitié des propriétés à Miami et les plus gros yachts sont détenus par des sociétés écrans offshores. C’est le choix de prédilection des anciens chefs de gouvernement des pays en Amérique Latine, des généraux et des amis de la CIA.
Grâce aux « impôts différés », tant que le capital reste à l’étranger, il est tranquille et n’est pas taxé. Mais il existe en plus des failles dans le système qui permettent de rapatrier cet argent, sans compter les amnisties.
Les intérêts des plus gros criminels, des services secrets, des américains les plus riches et des entreprises américaines convergent de plus en plus vers les systèmes offshore. Ces derniers aident les entreprises criminelles à imiter les entreprises légitimes et encouragent les entreprises légitimes à se comporter comme les entreprises criminelles.
L’aspect confidentiel et secret rend la criminalité possible. Dans un monde concurrentiel, tout ce qui est possible devient nécessaire. Et malheureusement pour la plupart des états, s’ils n’arrivent pas à lutter contre les marchés offshore, ils ont plutôt intérêt à les rejoindre.
En 1981, les américains avec Ronald Reagan offrait une nouvelle possibilité offshore avec le Service Bancaire International (IBF, « International Banking Facility »). Les banquiers américains pouvaient maintenant faire localement ce qu’ils ne pouvaient faire que dans les autres paradis fiscaux avant: prêter à des étrangers, sans réserve minimum et sans taxes.
La finance offshore (à l’étranger) se déplaçait onshore (dans le pays). Il était de plus en plus dur de différencier les deux. Les US devenait le paradis fiscal le plus attractif au monde!
Voici une autre ruse mise en place par les paradis fiscaux… le paradis fiscal établit des traités qui leur demandent d’échanger des informations avec des juridictions étrangères. Ensuite le paradis fiscal met en place une structure où dès le départ il n’a jamais l’information à échanger. Il garde son secret et en pointant vers son traité il peut assurer qu’il est une juridiction transparent et coopérative.
Le Delaware est le plus gros fournisseur de confidentialité offshore pour les entreprises, le Nevada et le Wyoming sont les plus opaques. L’Arkansas, l’Oklahoma et l’Oregon sont régulièrement utilisés pour des fraudes par la Russie et les pays de l’Europe de l’est. Le Texas et la Floride sont des paradis pour les fortunes illégales d’Amérique Latine. La plupart des manipulations des marchés financiers étudiées par le FBI implique des sociétés écrans américaines dans ces états.
Les avocats, les banquiers, les comptables, les brokers sont tous coupables. Les états américains raclent quelques centaines de dollars en frais et les crimes à travers le monde restent impunis.
L’offshore repackage ce qui se passe ailleurs en changeant la forme mais pas la substance d’une transaction… jusqu’à il y a seulement quelques années, dans de nombreux pays de l’OCDE, la corruption était même déductible des impôts.
Chapitre 8 – Les pertes profondes du développement
… ou comment les paradis fiscaux nuisent aux pays pauvres.
Les anciens paradis fiscaux européens se focalisaient sur l’évasion fiscale et la confidentialité. Les nouvelles zones américaines et britanniques se focalisaient sur comment échapper aux régulations financières. Les deux se mélangent maintenant.
Beaucoup de personnes pensaient qu’en éliminant la double taxation et en facilitant les mouvements de capitaux, le système offshore rendait l’économie mondiale plus efficace. En fait, il redistribue les richesses vers le haut et les risques vers le bas, et crée au passage une solution globale pour le crime.
Mais le système offshore ne peut fonctionner que s’il y a un système onshore. Un exemple concret et pratique du système offshore peut être expliqué avec le cas de la Banque de Crédit et de Commerce Internationale (BCCI, « Bank of Credit and Commerce International »). La BCCI a grossi très vite avec un modèle économique très simple: créer l’apparence d’un business honorable, se faire des amis puissants, puis accepter de faire n’importe quoi, n’importe où, sur le compte de n’importe qui, pour n’importe quelle raison. Elle a versé des pots-de-vin aux hommes politiques et a servi les pires malfaiteurs de la planète.
Au cours de l’histoire, les États-Unis sont devenus de plus en plus puissants en mettant les gouvernements africains à leurs pieds. Au fur et à mesure que ces pays d’Afrique gagnaient leur indépendance en quittant les puissances coloniales, leurs ressources étaient toujours plus pillées par ces mêmes pays au travers des systèmes offshore. L’indépendance est significative pour leur élite dirigeante, mais les mécanismes d’exploitation sont encore bel et bien là.
Entre 1970 et 2008, d’après le GFI (« Global Financial Integrity »), les mouvements illicites financiers en-dehors de l’Afrique sont estimés à 854 millions de dollars. Les mouvements illicites totaux sont estimés à 1.8 milliards de dollars. En 2006, ils étaient de mille milliards, soit 10$ pour chaque dollar d’aide.
Le scénario classique de pillage en règle en Afrique se déroule de la manière suivante: les banquiers prêtent à un des pays bien plus d’argent qu’il ne peut absorber en produisant. Ensuite ils apprennent à l’élite locale comment piller les richesses, les cacher, les blanchir et les envoyer offshore. Enfin le FMI aident les banquiers a pressuriser le pays à rembourser sa dette en le menaçant de l’étrangler financièrement. Ce mécanisme a transformé le secteur de la banque privé en un des modèles les plus profitables de l’histoire.
Pour aggraver le problème, des « fonds vautours » sont mis en place pour de riches investisseurs étrangers qui achètent les dettes souveraines de ces pays en difficulté pour une misère et les revendent une fortune une fois que la dette est remboursée. Évidemment, quelques locaux influents doivent rejoindre les investisseurs pour persuader les gouvernements des pays africains. Leur implication est dissimulée derrière la confidentialité offshore et les citoyens ne savent jamais comment les richesses de leur pays sont volées.
La suite et fin au prochain épisode avec le cliquet, la résistance, la vie offshore et le griffon: « Îles au trésor: Les paradis fiscaux et les hommes qui ont volé le monde (3/3)« …
Chapitre 9 – Le cliquet, les racines de la crise
On peut toujours dire que les prêts sont néfastes, mais dans des marchés dérégulés ce sont toujours les pauvres et les plus vulnérables qui paient le plus.
Certains pays voient les lois pour réguler les activités économiques comme des problèmes complexes au niveau moral, politique et économique, les paradis fiscaux voient ça comme des solutions à vendre pour rendre les locaux riches.
La dérégulation massive à travers le monde n’a pas seulement dérégulé le New Deal mais aussi des règles beaucoup plus anciennes lié à l’usure et aux prêts.
Dans l’histoire plus récente, les fonds monétaires sont devenus une source essentiel pour financer les banques afin qu’elles dissimulent leurs vraies opérations. Les techniques de titrisation c’est-à-dire de morceler les prêts immobiliers et autres prêts (cartes de crédits, crédits à la consommation, etc.) ont fini par rendre le système beaucoup plus fragile dans son ensemble.
Le système global bancaire a progressivement fait la transition d’un modèle où l’épargne était placée sur des investissements efficaces vers des modèles beaucoup plus spéculatifs basés sur des frais réguliers.
Au final, un paradis fiscal est un état capturé par les intérêts financiers d’une autre entité ailleurs.
De nouvelles structures juridiques ont éclos un peu partout avec notamment les Partenariats à Responsabilités Limitées (Limited Liability Partnerships, LLP) qui permettent aux partenaires de gagner sur tous les fronts sans avoir à divulguer des informations, en payant moins d’impôts et en étant moins régulés, tout en ayant une protection avec des responsabilités limitées.
Toutes les grosses entreprises de Wall Street utilisent les paradis fiscaux pour prendre des risques de plus en plus élevés en cachant tout dans les paradis. Si les affaires tournent au vinaigre, tout est dissimulé ailleurs et les contribuables doivent mettre la main à la poche pour éponger.
Chapitre 10 – La résistance, au combat avec les guerriers idéologiques de l’offshore
La bataille d’idée au sujet des paradis fiscaux a démarré… l’OCDE, regroupant les pays les plus riches mais aussi les jurisdictions secrètes les plus importantes au monde a admis en 1998 que les paradis fiscaux créent de gros dégâts:
- Ils érodent la base fiscale des autres pays
- Ils déforment les modèles d’échanges et d’investissement
- Ils sapent l’équité, la neutralité et l’acceptation sociale en général des systèmes d’impôts
Les taux d’imposition des particuliers ont baissé dans certains pays. Mais cette illusion dissimule souvent le fait que les riches déplacent leurs capitaux au sein d’entreprises qui sont moins taxées que les particuliers ou déclarent leurs revenus comme des gains mobiliers qui sont généralement moins taxés.
Les impôts, pas les aides, sont pourtant le meilleur moyen à long terme pour financer le développement. Les impôts rendent les gouvernements responsables envers leurs citoyens alors que les aides rendent les gouvernements responsables envers leur donateurs étrangers.
Les jurisdictions confidentielles clament régulièrement que leur rôle est promouvoir l’efficacité dans les marchés financiers, mais leur confidentialité est totalement contradictoire avec leur objectif annoncé: les marchés financiers ont besoin de plus de transparence, pas plus d’opacité.
Après les attaques du 11 septembre, l’administration de George W. Bush a soudain souhaité plus de transparence et de coopération de la part des jurisdictions confidentielles pour mieux comprendre le financement des terroristes. Mais en même temps, elle voulait laisser intact l’évasion fiscale.
Avec ces jurisdictions, il y a souvent un problème du chien qui se mort la queue: vous ne pouvez pas prouver un crime tant que vous n’avez pas certaines informations, et vous ne pouvez pas obtenir ces informations si vous ne pouvez pas montrer le crime. Les normes et les demandes internationales d’information sont la plupart du temps quasiment inutiles…
Toutes ces aberrations survivent car elles ont ont beaucoup plus de chance d’exister si elles bénéficient directement à des groupes riches et puissants… ce qui est le cas!
Chapitre 11 – La vie offshore, le facteur humain
La vie offshore est perverse: la confidentialité est bonne et tout ce qui rapporte de l’argent est bon; par contre, si vous casser le secret alors vous êtes un traitre, un paria!
Les banques fictives sont au coeur du système offshore. Elles sont la souvent gérées par un agent dans un paradis fiscal, comme une grande banque internationale bien connue, qui rassure et qui n’a au final aucune responsabilité et véritable connaissance des opérations de l’agent. La banque fictive peut par exemple être aux Bahamas, mais les propriétaires et gérants peuvent être n’importe où ailleurs.
La plupart des personnes qui travaillent offshore ne voient qu’une petite partie sans vraiment comprendre tout ce qui se passe. Et si jamais vous tirez la sonnette d’alarme, vous êtes mort, physiquement et économiquement à cause des forts réseaux autour du système. Un peu comme dans le film « La firme » avec Tom Cruise… Jersey est rempli de ces réseaux secrets d’élite liés au secteur financier.
Dans ces petits états la pression peut être constante pour rester tranquille. Tout le monde connait tout le monde, les conflits d’intérêts et la corruption sont inévitables. C’est bien pour ces raisons que ces petites jurisdictions devraient être encore plus transparentes et contrôlées.
Comme avec les économies liées au pétrole, ceux tout en haut deviennent riches rapidement et ceux tout en bas voient leurs revenus stagner, voire baisser. Ces inégalités sont tolérées et même bienvenues pour motiver les plus pauvres à travailler encore plus pour réussir.
À Jersey toujours, les super riches et les entreprises ultra puissantes peuvent même négocier leur taux d’imposition, allant de 0% à 2% seulement les perspectives de bénéfices déclarés là-bas.
Les centres offshore jouent un rôle toujours plus important dans le monde. Les banquiers ont mis l’économie mondiale à genoux et sont toujours plus gourmands. Les super riches s’attendent à avoir un taux d’imposition inférieur au personnel de ménage dans leurs entreprises. Quand le célèbre musicien Bono du groupe U2, un des plus fervents défenseurs de la lutte contre la pauvreté, délocalise ses finances aux Pays-Bas pour éviter de payer des impôts, reste toujours accueilli à bras ouverts par le public, la bataille semble perdue!
Chapitre 12 – Le griffon, l’entreprise City de Londres
On a vu que le terme « City de Londres » est assez abstrait en regroupe en fait l’industrie des services financiers au Royaume-Uni. Londres a plus de banques étrangères que n’importe quel autre centre financier. New York est plus important dans les domaines comme la titrisation, l’assurance, les fusions et acquisitions, la gestion d’actifs, mais la plupart de son business est local. Londres est donc le centre financier international et offshore le plus gros au monde.
Les premiers mouvements de dérégulation ont commencé dans la City pendant la chute de l’empire britannique, au moment où il simulait sa propre mort. Le mouvement s’est ensuite propagé au reste de la planète. Contrairement à la Suisse, le Royaume-Uni a choisi une autre approche du secret bancaire, au travers des paradis fiscaux qu’il contrôle ou influence fortement.
Après avoir déployé énormément d’efforts à courtiser les riches arabes dans les années 80, les riches japonais et africains dans les années 90, la City attirent maintenant les oligarques russes au travers de Chypre.
La toute dernière astuce se trouve maintenant dans le concept de « domiciliation » pour qu’un administrateur colonial anglais en Inde par exemple soit résident en Inde, mais domicilié en Angleterre. De nombreux propriétaires de hedge funds peuvent ainsi s’assurer que leurs revenus soient enregistrés en-dehors du Royaume-Uni pour éviter de payer des impôts.
La toile offshore britannique apportent à la City trois éléments importants:
- Les paradis fiscaux éparpillés partout dans le monde profite des business étrangers en faisant transitant les flux financiers par Londres.
- Elle fournit un mécanisme de stockage pour les actifs.
- C’est un filtre pour blanchir l’argent; la City est impliquée dans les sales business mais bénéficie d’une distance suffisante pour pouvoir nier toute implication.
L’Entreprise de Londres a institutionnalisé la mort de l’opposition politique au sein de la City pour construire une entité maléfique totalement gérée par l’argent. Au fil du temps, la défense de la liberté est devenue la défense de la liberté au profit de l’argent… contre les intérêts du reste du pays si nécessaire.
Le secteur financier est particulièrement difficile à taxer puisque les banques utilisent leurs positions offshore privilégiées pour éviter les impôts, et en même temps créent, financent et vendent des systèmes aux autres pour aussi éviter les impôts.
Souvent les placements derrière ces systèmes d’investissement ne sont pas rentable, mais avec l’aspect d’évasion fiscale, ils le deviennent. Beaucoup trop de conseils d’administrations au Royaume-Uni remplissent les conditions pour être considérés comme écologiques et diversifiés, mais récompensent leur directeur des finances pour abuser de leurs propres clients, les contribuables.
Les banques britanniques ne prêtent même pas aux autres industries britanniques: elles se prêtent entre elles, travaillent les unes pour les autres et gonflent les prix des actifs de manière artificielle et totalement instable.
La City crée un monde de plus en plus risqué… mais menace de délocaliser si elle est plus taxée ou régulée.
Conclusion, récupérons notre culture
Il est largement temps de récupérer notre culture! Le système offshore est un des plus gros facteurs qui influencent les systèmes politiques et économiques au monde.
Voici 10 recommandations pour lutter contre les systèmes offshore:
- Effectuer des réformes financières
- Rechercher d’une plus grande transparence
- Établir les priorités des besoins des pays en voie de développement
- Confronter la toile d’araignée britannique
- Opérer des réformes fiscales onshore
- Entreprendre des actions unilatérales
- S’attaquer aux intermédiaires et aux utilisateurs privés des paradis fiscaux
- Repenser la responsabilité des entreprises
- Ré-évaluer la corruption
- Changer la culture
Mon avis sur le livre
Points forts
- Le livre décrit de manière complète et détaillée, et parfois choquante pour certains, les impacts néfastes de l’évasion fiscale, de la concurrence fiscale et des paradis fiscaux. Le tout constitue un système particulièrement complexe et souvent obscure, et pourtant qui régit des aspects essentiels de nos systèmes politiques et économiques à travers le monde.
- De nombreux exemples viennent étayer les différentes théories en passant au crible la plupart des paradis fiscaux, majeurs et mineurs.
- L’auteur essaie au maximum de ne pas véritablement prendre de parti politique et de rester neutre sur ces points.
Points faibles
- Les solutions exposées à la fin du livre restent très succinctes pour ne représenter qu’1% ou 2% de la totalité du livre.
- L’axe de recherche du problème et des solutions est clairement orienté vers le Royaume-Uni, le pays où l’auteur a été élevé. Il est né au Malawi et vit maintenant à Berlin en Allemagne.
- L’auteur fait régulièrement un amalgame entre les 2 principaux aspects qui caractérisent les paradis fiscaux: confidentialité et faible imposition. Or la très grande majorité des problèmes cités à juste titre proviennent de la confidentialité et peu de la faible imposition. Pour moi, un pays qui taxe faiblement, sans gaspiller à outrance ses revenus est un pays efficace. À l’inverse un pays qui taxe lourdement comme la France, en gérant très mal ses budgets et en redistribuant stupidement ses aides est un pays vraiment inefficace. Blâmer les paradis fiscaux pour leur confidentialité, OUI; les fustiger pour la faible imposition, NON! Le blanchiment d’argent, le terrorisme, les crimes internationaux profitent avant tout de la confidentialité… sans elle, tout serait nettement plus difficile. Il ne faut pas tout mettre dans le même paquet!
- L’exemple de Bono peut paraitre paradoxale: c’est un fervent défenseur de la lutte contre la misère et pourtant il profite d’un paradis fiscal! Mais ça ne prouve en rien la théorie de l’auteur, au contraire, ça l’anéantie! Bono ne supporte plus les abus, le gaspillage, la mauvaise gestion des impôts. Beaucoup de super riches préfèrent garder leur argent, le gérer eux-mêmes en opérant activement pour leur cause tout en gardant le contrôle pour une meilleure efficacité. Est-ce que la démarche de Bono prouve qu’il est mauvais et a un double discours? Ou est-ce qu’elle prouve que les paradis fiscaux (pour leur partie faible imposition, PAS confidentialité) ne sont pas si mauvais que ça et permettent à certains d’opérer plus efficacement avec moins de gaspillage?

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Bonjour
L’affaire des panama papers témoigne des agissements des US pour couler les paradis fiscaux non anglo saxons. Être un résident fiscal US semble être un enfer. Les US veulent capter l’argent du monde.
Mais il y a plus grave. Un mouvement est en marche pour coincer tous ces mouvements qui échappent à l’impôt. Les grosses entreprises ne vont pas y échapper. La fin des paradis fiscaux est proche. Déjà la Suisse est sommée de coopérer. Tout est mis en place pour traquer les entreprises et faire plier les états. Échapper aux taxes est un combat perdu d’avance à un horizon plus ou moins proche.
À moins que l’oligarchie soit vaincue. Pour cela il faut informer les gens de ce qui se passe.
Salut Michel,
Pour une fois, je ne suis pas d’accord! Les mécanismes offshore et les paradis fiscaux sont de plus en plus importants. Et même s’il y a quelques efforts de faits pour lutter contre certains abus, la fin des paradis fiscaux est loin d’être proche! Les politiques et les puissants de ce monde n’y ont aucun intérêt, ils ne disparaitront donc pas…
Ben